TDMP et sexualité : quand ce n’est pas “juste les hormones”
« C’est toujours la même histoire… Une semaine avant mes règles, je ne me reconnais plus. Je n’ai envie de voir personne, encore moins de faire l’amour. Je pleure pour un rien, je m’énerve contre tout le monde et parfois je me demande même à quoi je sers… Puis mes règles arrivent, et tout disparaît. »
Cette phrase, je l’entends régulièrement en consultation.
Pendant longtemps, ces femmes ont cru qu’elles étaient “trop sensibles”, “trop émotives” ou qu’elles avaient simplement un syndrome prémenstruel un peu plus fort que les autres.
Pourtant, dans certains cas, il ne s’agit pas d’un simple syndrome prémenstruel (SPM), mais d’un Trouble Dysphorique Prémenstruel (TDMP), une pathologie encore trop méconnue qui peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie… mais aussi sur la sexualité.
Le TDMP, ce n’est pas un “gros SPM”
Le syndrome prémenstruel (SPM) concerne environ 30 % des femmes.
Le Trouble Dysphorique Prémenstruel (TDMP), lui, touche environ 5 % des femmes.
La différence est essentielle.
Le SPM provoque des symptômes gênants.
Le TDMP, lui, devient réellement invalidant.
Il ne s’agit pas seulement d’être irritable quelques jours avant les règles.
Les femmes concernées peuvent présenter :
- une anxiété très importante ;
- une humeur dépressive ;
- une perte d’intérêt pour les activités habituellement appréciées ;
- une fatigue intense ;
- des difficultés de concentration ;
- une hypersensibilité émotionnelle ;
- parfois même des idées suicidaires.
Ces symptômes apparaissent durant la période prémenstruelle, c’est-à-dire à la fin de la phase lutéale, puis disparaissent rapidement avec l’arrivée des règles.
Le diagnostic ne peut être posé que par un médecin après un bilan clinique précis.
Il est important de ne jamais s’autodiagnostiquer.
Pourquoi la sexualité est souvent la première victime ?
Lorsque le cerveau est en mode “survie”, il ne pense pas au plaisir.
Il pense à protéger.
La libido devient alors un luxe dont il peut très bien se passer.
Beaucoup de femmes culpabilisent.
Elles pensent ne plus aimer leur partenaire.
Pourtant, une semaine plus tard, le désir revient presque comme par magie.
Ce n’est pas un manque d’amour.
Ce n’est pas un problème de couple.
C’est souvent la conséquence directe du TDMP.
Le désir féminin est intimement lié au fonctionnement du cerveau, des hormones et des neurotransmetteurs.
Lorsque cet équilibre se dérègle, toute la sexualité en pâtit.
Les traitements médicaux existent
Lorsque le TDMP est diagnostiqué, plusieurs traitements peuvent être proposés selon la situation :
- certains antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ;
- certains contraceptifs hormonaux destinés à mettre les ovaires au repos ;
- dans certaines situations, une ménopause artificielle ;
- et, beaucoup plus rarement, une ablation des ovaires lorsque toutes les autres options ont échoué.
Le choix du traitement appartient au médecin et à vous même et dépend de chaque situation.
Mais depuis plusieurs années, la recherche s’intéresse également aux mécanismes biologiques qui expliquent le TDMP.
C’est là que la compréhension devient passionnante.
Première piste :
Quand la progestérone ne joue plus son rôle apaisant
Habituellement, après l’ovulation, la progestérone agit un peu comme une couverture chaude après une journée difficile.
Elle favorise naturellement un état plus calme. Son effet anxiolytique est principalement lié à une molécule appelée alloprégnanolone.
Chez la majorité des femmes, cette molécule apaise le système nerveux.
Chez les femmes atteintes de TDMP, c’est presque l’inverse.
Au lieu de calmer, elle semble accentuer l’anxiété, l’irritabilité et la nervosité.
Imaginez un médicament censé freiner une voiture… mais qui, chez certaines personnes, appuie soudain sur l’accélérateur.
C’est exactement ce paradoxe qui intrigue aujourd’hui les chercheurs.
C’est d’ailleurs pour cette raison que certains traitements cherchent soit à empêcher cette transformation de la progestérone, soit à bloquer l’action de ses récepteurs.
Quel impact sur la sexualité ?
Lorsque le système nerveux reste constamment en état d’alerte, il devient difficile de ressentir de la sécurité.
Or le désir féminin naît rarement dans un cerveau anxieux. Le corps reste contracté.
Les caresses deviennent parfois envahissantes.
L’envie disparaît. Le plaisir aussi.
Ce n’est donc pas “dans la tête”.
C’est une véritable réaction neurobiologique.
Deuxième piste :
Une sérotonine qui chute encore davantage
La sérotonine est souvent surnommée le neurotransmetteur du bien-être.
Elle participe à l’humeur, au sommeil, à la gestion des émotions, mais également au plaisir.
En fin de cycle, son taux diminue naturellement chez toutes les femmes.
Chez celles souffrant de TDMP, cette baisse est encore plus marquée.
Le cerveau devient alors beaucoup plus sensible aux variations hormonales.
Conséquence sur la sexualité
Quand la sérotonine est basse, tout paraît demander un effort.
On n’a plus envie de sortir.
On n’a plus envie de rire.
On n’a plus envie de cuisiner.
Et très souvent… on n’a plus envie de faire l’amour.
Ce n’est pas un rejet du partenaire.
C’est le cerveau qui manque littéralement des ressources nécessaires pour ressentir le bien-être.
Troisième piste :
L’inflammation, la grande perturbatrice
L’inflammation chronique de bas grade est aujourd’hui impliquée dans de nombreuses maladies. Le TDMP n’échappe pas à cette réflexion.
Les recherches suggèrent qu’elle pourrait perturber plusieurs mécanismes essentiels du cerveau. L’inflammation détourne une partie des précurseurs nécessaires à la fabrication de la sérotonine.
Elle inhibe également certaines enzymes participant à cette synthèse.
Enfin, elle accélère la dégradation de la dopamine, neurotransmetteur de la motivation, de l’envie et du plaisir.
Autrement dit…
Le cerveau dispose de moins de “matière première” pour fabriquer les messagers chimiques qui nous permettent de nous sentir bien.
Et la sexualité
dans tout ça ?
Le désir repose sur un subtil équilibre.
Sans dopamine, l’envie diminue.
Sans sérotonine, le bien-être s’effondre.
Avec un cerveau inflammatoire, le plaisir passe tout simplement au second plan.
Le corps n’est pas “cassé”.
Il fait simplement passer la survie avant la sensualité.
Comprendre avant de culpabiliser
Pendant des années, de nombreuses femmes ont entendu :
« Tu exagères. »
« C’est juste tes règles. »
« Ça va passer. »
Non.
Le TDMP est un véritable trouble, reconnu médicalement.
Comprendre ses mécanismes permet souvent de remplacer la culpabilité par une question beaucoup plus utile :
“Qu’est-ce que mon cerveau essaie de me dire ?”
Parce que lorsqu’on comprend enfin ce qui se passe dans son corps, on cesse de se battre contre lui.
Et c’est souvent le début de la reconstruction.
Dans le prochain article, je vous expliquerai quelles stratégies naturelles et fonctionnelles peuvent accompagner la prise en charge médicale afin de soutenir la progestérone, optimiser la sérotonine, diminuer l’inflammation et aider les femmes à retrouver progressivement une meilleure qualité de vie…
et une sexualité plus épanouie.

